15/02/2008
Mémoire des enfants juifs déportés: une très belle idée
Madame Simone Veil a aujourd'hui alimenté une polémique autour de la proposition de Nicolas Sarkozy de confier aux à chaque enfant de CM2 la mémoire d'un enfant juif déporté. Son avis mérite bien sûr d'être entendu, et il appelle à préciser l'approche de cette mesure.
Nicolas Sarkozy a voulu parler du cadeau qu'est la mémoire. Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Si mon grand père a connu les camps de l'allemagne nazie, parce qu'il avait été gaulliste trop tôt, de moins en moins d'enfants sont confrontés de manière forte au souvenir de l'horreur des camps. Et ce n'est pas parce que le passé est lourd qu'il faut en minimiser le poids. La mémoire offerte à un jeune, c'est aussi mesurer les erreurs du passé pour éviter de les reproduire d'une manière ou d'une autre. Dans un monde où les émotions sont banalisées, il existe peu de moyens de passer des messages forts.
Qu'est-ce qui touche un jeune aujourd'hui? Un cours d'histoire va-t-il réellement suffire pour que l'on mesure l'horreur de la Shoah? La plupart des films d'horreur suscitent des émotions plus vives que la lecture de chiffres ou la vision de photos en noir et blanc dans un manuel. Tout cela, bien qu'indispensable, manque d'une dimension personnelle, affective, capable de réellement marquer l'esprit des jeunes générations, de donner de la vie à l'histoire.
Les générations marquées par la guerre s'éteignent. Et avec elle ce sont les témoignages vivants qui s'en vont. Ce sont des millions d'ambassadeurs vivants de la paix, de la démocratie, de la tolérance et de la fraternité qui s'en vont. Il est impératif d'entretenir la mémoire de la Shoah, alors que la marche du temps a conduit déjà à retirer la seconde guerre mondiale des programmes d'histoire de terminale.
Oui ce passé est lourd. Pour Madame Veil, touchée si fortement, il est probablement beaucoup plus lourd que pour tous ceux qui ont vu l'horreur seulement de l'extérieur. Comment ne pas comprendre qu'elle ne voudrait infliger à aucun enfant d'aujourd'hui le poids du souvenir de ce qu'elle a vécu si durement? Les référentiels de Madame Veil sont marqués par un vécu très différent de celui d'un enfant de CM2 à notre époque, qui malgré des efforts ne ressentira pas le même poids. Et quand bien même ce travail de mémoire serait difficile, quel meilleur apprentissage de la vie que celui de la mémoire, et même du deuil? Bien entendu, il reviendra aux enseignants et aux parents d'assurer un suivi de ce travail de mémoire. Il leur reviendra d'insister aussi sur le rôle des justes, ces héros qui nous aident tant, aujourd'hui, à regarder ce passé.
N'ayons pas peur de regarder en face ce passé difficile. N'ayons pas peur de confier aux enfants la mémoire de ceux qui n'ont pas eu leur chance. Donnons à chaque enfant de France l'opportunité de mesurer le bonheur qu'il vit, donnons à chacun une occasion de prendre conscience de ce que la vie peut révéler de pire en l'homme. Les épreuves nous construisent, plus que les facilités. Osons innonver, osons nous adapter, et ne laissons pas les enfants de la Shoah quitter la mémoire de chacun.
Pierre Bouzin
17:15 Publié dans Edito | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

Commentaires
Ôtez-moi d'un doute, l'éducation nationale a supprimé l'enseignement de la Shoah du programme ?
Cette idée (émanant du seul Nicolas Sarkozy)* est absolument irresponsable et il est consternant de vous voir défendre l'indéfendable sous prétexte que cet homme porte la même étiquette.
Rassurez moi...a l'UMP, vous avez quand même le droit d'exprimer une opinion différente de celui de votre chef ? Non ?!
D'autant que les parties concernées (MRAP, CRIF n'ont RIEN demandé !)
Ecrit par : frederic | 17/02/2008
Il me semble bien, à moins que ça ait encore changé, que le programme d'histoire de terminale, donc celui qui compte principalement pour le bac, commence juste après la seconde guerre mondiale. Je n'ai pas dit que l'enseignement de la Shoah était supprimé, mais s'il est au programme de la classe de première il a une importance moindre.
Enfin oui à l'UMP nous avons le droit de nous exprimer et d'ailleurs ils ne vous aura pas échappé que certains usent largement de ce droit. On peut penser autrement que Nicolas Sarkozy, mais on peut aussi soutenir ses idées. Et c'est en toute sincérité que je soutient pleinement l'idée de confier la mémoire des enfants victimes de la Shoah aux enfants de notre époque.
Enfin laissez Nicolas Sarkozy libre de son esprit d'initiative. Un président de la République n'est pas là uniquement pour faire le tri entre les propositions qu'on lui soumet. Il est là pour impulser quelque chose, qu'il a voulu appeler politique de civilisation. C'en est fini de la demi-mesure et des politiques molles, des politiques suiveuses plutôt qu'avant-gardistes. La rupture, c'est pas faire apreil en ayant l'air différent.
Enfin la mémoire des enfants juifs déportés n'appartient ni au MRAP ni au Crif ou autre. Elle appartient à toute la Nation. Cette mémoire n'est pas propre à une communauté religieuse. Ce serait dramatique si elle ne concernait qu'une communauté religieuse. Les valeurs de la République ne vont pas en ce sens du communautarisme. Et à l'évidence, Nicolas Sarkozy mène la France dns le sens d'un pacte républicin réaffirmé.
Ecrit par : Pierre Bouzin | 17/02/2008
Ecrire un commentaire
NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.