30/03/2006
Etudiants de tous les pays, unissez-vous !
Démocratie à main levée tendue.
L’histoire du vingtième siècle a démontré le caractère tout relatif des démocraties a main tendue : tout le monde devait penser la même chose et crier le même slogan. Les bloqueurs refusent ce genre de régime, ils préfèrent la démocratie à main levée, où il y a de la place pour la contestation : les opposants existent et sont respectés. D’ailleurs ils sont faciles à reconnaître, c’est ceux qui font un bruit de sifflements et de huées quand ils lèvent la main, alors que les gens bien, eux, font « ouaaaaaaais ! » quand ils votent. Mais il faut dire que les gens de cette opposition ne sont pas très sérieux. Déjà, assez souvent, ils ne sont même pas au courant qu’il y a une Assemblée Générale ou un vote, ou alors ils ne savent même pas dans quel amphi. Du coup, forcément, ils ne trouvent pas de place en arrivant, et on est obligé de les mettre dans un coin (qu’est-ce qu’ils sont cons). Ils sont composés exclusivement d’étudiants de la fac alors que tout le monde sait que dans les AG on peut ramener tous les potes de son quartier. Ils prennent très rarement la parole et quand ils l’ont, on ne les entend presque pas à cause du bruit. De toute façon ils n’ont souvent rien à dire sur le CPE (ils sont donc social-traîtres). Et puis ils ne sont pas très marrants puisqu’ils veulent faire bosser tout le monde. Ils débloquent totalement.
Les casseurs du Val.
Mais attention, les bloqueurs ne sont pas des casseurs : il ne faut pas confondre les bandes du Val Fourré et les anarcho-fourriéristes occupant les universités. Les premiers érigent des barricades dans la rue alors que les deuxièmes le font à l’intérieur des facs. Les premiers n’ont pas vraiment de raison de se mobiliser : les
bloqueurs, eux, savent en gros la raison, même s’il vaut toujours mieux demander au mec du syndicat. Et puis les premiers, ils sont vraiment dans la merde, alors que les autres, ils se battent pour ceux qui sont dans la merde même s’ils sont « pétés de thunes » – comme le disait une jolie brune sur une tribune filmée il y a quelques jours par TF1.
Les invasions barbares.
A propos de TF1, dans « Une soupe aux choux à goût de révolte », Johan Sébastien, étudiant en histoire à la Sorbonne, paraît-il, et occupant de l’EHESS nous apprend contrairement à ce qui avait été dit sur cette chaîne, et confirmé par Le Monde, Le Figaro, la préfecture de police, les professeurs de l’école, les étudiants et même les responsables du mouvement, l’occupation de l’EHESS a été tout ce qu’il y a de plus pacifique et n’a pas donné lieu à de véritables dégradations. Cet article de Libération donne l’esprit des bloqueurs. L’occupation de l’EHESS se passe comme dans un rêve : pas un mot des étudiants empêchés de continuer des études qui pourraient leur donner un boulot mais des incises comme « Un extincteur a été vidé au rez-de-chaussée. » ou « Les murs sont couverts de graffitis aux slogans plus ou moins heureux. ». Il évoque « un boulon bien envoyé sur un CRS, une bouteille de bière éclatée sur un gendarme mobile » et se demande si les CRS « sont des êtres humains ». Mais il apporte de l’eau à notre moulin, nous, qui affirmons que ces actions anti-démocratiques sont suicidaires pour la jeunesse. Dans un élan lyrique, M.Sébastien, entre deux pets littéraires (la soupe aux choux, probablement), dégage sa perlouze : il croit nous faire rêver en décrivant sa nuit : « Un jeune homme s’endort, le sourire aux lèvres ». On a très envie de lui rappeler que dans le poème de Rimbaud que M. Sébastien plagie copieusement, le jeune homme est mort. Il est « tranquille. Il a deux trous rouges dans le côté droit ». C’est peut-être l’avenir que cherchent les bloqueurs.
C’est en tous cas leur seul horizon.
Grégoire E
Retrouvez le texte intégral sur le blog : http://jpopgrandesecoles.hautetfort.com/
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